La_f_te_du_NaadamLe vaste territoire de la Chine et sa longue histoire ont donné lieu à un patrimoine culturel immatériel abondant et coloré. Wang Wenzhang, chef de l’Académie des arts de Chine, et son personnel ont passé des années à effectuer de la recherche, dont des enquêtes approfondies, sur le patrimoine immatériel de la Chine. Leur objectif est d’en préserver les éléments en voie d’extinction. Comme M. Wang l’indique : « Le patrimoine culturel immatériel, qui se manifeste sous la forme de folklore, de ballades, de fêtes et d’artisanat, constitue la quintessence d’une nation. L’histoire permet de connaître un pays, mais connaître son patrimoine culturel immatériel fournit un aperçu de son esprit. »

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Les lutteurs mongols, de fiers costauds Tournoi de lutte mongole

La prairie située à la frontière septentrionale de la Chine est le royaume des pasteurs mongols et des femmes de tous âges vêtues de leurs plus beaux atours. Elle résonne du son vibrant des arcs, des fanfares, des hourras et des rires; dans l’air flottent des odeurs de fromage et de mouton rôti. C’est le Naadam! (mot mongol signifiant jeux et divertissement.) L’atmosphère de gaieté expansive qui règne durant cette grande fête est la même depuis des siècles. Le Naadam se tient au moment de la moisson, en juillet ou en août, alors que la végétation de la prairie est la plus exubérante et que les moutons et autres animaux sont bien gras. Le traditionnel « triathlon » (course de chevaux, lutte et tir à l’arc) est le spectacle principal, mais le Naadam est également l’occasion de tenir des foires agricoles et des marchés de bestiaux. Après une journée de sports, spectateurs et concurrents se divertissent en buvant et en dansant jusqu’aux petites heures.

Ses origines

On dit que la première fête du Naadam a été tenue en 1209, l’année où Gengis Khan a établi un régime mongol unifié. Par la suite, cette fête est devenue un événement régulier, et son but était de maintenir les qualités de courage et de force, les capacités équestres et l’habileté au tir, toutes essentielles aux guerriers mongols pour sortir victorieux dans les batailles. Le Naadam est la fête mongole la plus célébrée.

La fête du Naadam a été influencée par le culte de l’aobao. Ce système ancien de croyances, dont les origines sont liées au chamanisme, est représenté par les amas de pierres (aobao en mongol), isolés ou en grappes, qui parsèment la prairie. Entourés par des branches de saule et décorés de guirlandes colorées, ces amas marquent l’emplacement de l’enfouissement de figurines bouddhistes et d’armes de métal. Chaque fois qu’un pasteur passe devant un aobao dans la prairie, il descend de son cheval et accomplit un rituel d’hommage. Celui-ci consiste à déposer quelques pierres de plus sur la pile et à se prosterner. C’est la prière mongole pour demander la paix et une bonne récolte. L’importance de l’aobao dans la vie mongole en a fait une pratique de culte populaire officiée par des moines qui récitent des textes sacrés pour invoquer la prospérité. Les bergers sacrifient des moutons ou autre bétail à l’emplacement d’un aobao nouvellement empilé et se prosternent à plusieurs reprises pour exprimer leur dévotion. Quand le rituel est terminé, les dévots font la fête en dansant et en exécutant des exploits de courses de chevaux et de tir à l’arc. Comme la fête de l’aobao est assurément l’ancêtre du Naadam, de nos jours, les deux événements se tiennent en parallèle.

Un spectacle de force et de courage

Les Mongols ont toujours été des nomades, et c’est à leur vie difficile sur la vaste prairie qu’ils doivent leur forte capacité de survie. La fête du Naadam est le test le plus prestigieux de la force et de l’endurance d’un cheval mongol.

Pendant la course de chevaux du Naadam, les spectateurs de l’étranger peuvent être étonnés de la petite stature, due au jeune âge, des cavaliers en compétition; ils ont en effet de 5 à 13 ans. (Il faut savoir que les jeunes Mongols commencent à monter à cheval pratiquement dès qu’ils peuvent s’asseoir.) Plus le cavalier est léger, plus le cheval a l’occasion de réaliser des prouesses à la course. Au signal, de la ligne de départ, des centaines de chevaux s’élancent dans un nuage de poussière, sous l’accompagnement des cris et des acclamations de la foule des spectateurs. Ces très jeunes cavaliers montent sans selle. Ils sont également capables d’exécuter des tours audacieux semblables à ceux que l’on voit dans les cirques. Quand le vainqueur traverse la ligne d’arrivée, les spectateurs se réunissent autour de lui, chantent et dansent pour partager la joie de sa victoire, et l’on verse du lait frais sur son cheval en signe de respect

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Une course à vive allure dans la prairie

Le tournoi de lutte de la fête du Naadam est une occasion pour les protagonistes de manifester leur virilité. Cependant, la force physique n’est qu’un aspect de la lutte, car celle-ci exige également un discernement prudent des faiblesses de l’adversaire. À la différence des combats de lutte en Occident, il n’y a ni durée préétablie, ni catégories d’âge ou de poids. D’ailleurs, les lutteurs se mesurent souvent à des adversaires deux fois plus lourds qu’eux. Les Mongols ont leurs raisons pour accepter des règlements en apparence si injustes; dans un environnement hostile, la vie de nomade elle-même est une situation inéquitable. Cependant, cela ne signifie pas que les concurrents de moindre calibre doivent abandonner avant même de commencer. Les Mongols savent très bien que la perspicacité et la technique, tout comme la force, sont nécessaires autant pour la victoire dans la lutte que pour la survie au quotidien.

Les lutteurs mongols qui s’affrontent durant le Naadam sont néanmoins de véritables costauds. Les premières notes de l’Urtiin Duu (un long chant traditionnel populaire mongol) marquent le début du match.

Avançant sous l’accompagnement de ce chant, les concurrents entrent dans l’arène en brandissant leurs armes et en émettant des cris d’aigle pour exprimer leur courage. Chaque mouvement est critique, car le premier lutteur qui touchera le sol avec une partie du corps autre que la main ou le pied perdra le match. Les trois principaux gagnants seront qualifiés respectivement de lion, éléphant et faucon, en signe de leur force incroyable. Les rubans de couleur autour du cou d’un combattant indiquent le nombre de matchs qu’il a livrés.

Comme les femmes nomades doivent également être robustes et tenaces pour survivre aux rigueurs de la vie dans la prairie, en contraste avec leurs cousines de l’intérieur du pays, elles s’expriment généralement sans retenue. Les Mongoles sont versées dans le tir à l’arc et constituent de redoutables concurrentes pour la compétition dans cette discipline.

Le tir à l’arc est un sport mongol hérité des guerriers de Gengis Khan. Son inclusion dans le « triathlon » servait à maintenir à la fine pointe les habiletés militaires des guerriers. Pratiquement inchangés depuis des siècles, les arcs mongols en bois dur exigent beaucoup de force pour les tendre; une vue perçante et de la patience sont également des qualités indispensables pour avoir un tir précis à cheval ou à partir d’un point fixe. Il est incontestable que la victoire au concours de tir à l’arc est durement acquise.

Au tir à l'arc, il faut avoir l'œil.

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Entre autres par les épreuves de course de chevaux, de lutte et de tir à l’arc, la fête du Naadam est une occasion pour les pasteurs d’oublier momentanément leur lutte quotidienne pour la survie et de s’abandonner aux plaisirs du sport, de la danse et du chant. Ce grand événement, commencé par Gengis Khan, affronte actuellement le défi de formes plus modernes de divertissements, mais il demeure encore la fête la plus importante dans la prairie. Le Naadam symbolise l’esprit qui a permis aux Mongols de conquérir de vastes territoires et de survivre dans un environnement difficile, et cet esprit leur donnera toujours la force d’aller de l’avant.

L’Urtiin Duu figure dans la liste de l’Unesco sur les chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité. Il a une histoire de 2 000 ans, et on le mentionne dans des ouvrages littéraires depuis le XIIIe siècle. Ce chant lyrique comporte 32 airs. Il exalte la beauté de la prairie, des montagnes et des rivières et exprime des réflexions sur le destin des humains. Il se caractérise par la voix de fausset. Il comprend un bourdonnement de base, accompagné par des variations rythmiques ressemblant à la musique d’une flûte, et sa composition est libre. Son exécution exige une grande tessiture vocale. L’Urtiin Duu joue un rôle central dans la société mongole, et on réserve généralement son exécution pour les grandes festivités sociales et cérémonies religieuses. La mélodie ascendante est lente et régulière, tandis que la mélodie descendante est souvent interrompue par un triolet animé, imitant le rythme de la vie dans les prairies.

bisous à toutes et à tous. @+Domi&Xiu.ReporterchineXiu